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By Dr. Jean Cédric Kouam & Dr. Vera Kum  (Download The Pdf Version)

 

Introduction

Depuis le 6 mars 2020, les pays de la CEMAC sont affectés par la crise mondiale liée à la Covid-19. L’une des conséquences directes de ce choc sanitaire étant le recul des cours de matières premières dont le pétrole, les prévisions de croissance et d’inflation y ont été fortement controversées.

Pour la BEAC dont l’objectif final est de garantir la stabilité monétaire, il est urgent d’apporter une réponse cohérente afin de contrer les effets économiques négatifs de la pandémie sur l’activité et les prix. Elle apporte son soutien aux politiques économiques générales élaborées par les Etats membres en annonçant pour une périodicité de trois mois, ce qu’elle va faire, compte tenu bien-sûr de l’évolution des principaux agrégats monétaires, l’environnement économique international, les conditions sur secteur réel.

Ce papier a pour objectif d’analyser la transparence et la crédibilité de la politique monétaire de la BEAC d’un point de vue théorique et opérationnel en ce temps de Covid-19.

La politique monétaire de la BEAC d’un point de vue opérationnel

La BEAC a annoncé un ensemble de mesures afin de contrer les effets de la pandémie à Coronavirus sur les économies de la CEMAC. Au regard des différentes décisions prises, il est clair que l’Institut d’émission sous-régional ne mène pas une politique monétaire discrétionnaire. Par définition, la politique discrétionnaire consiste à prendre des mesures qui semblent appropriées à chaque période (ou dans chaque cas) sans (trop) se soucier de l’historique de ses actions précédentes et sans (trop) s’inspirer d’une philosophie de pensée particulière qui dicterait ses actions futures.

Le 27 mars 2020, la BEAC a rendu public un ensemble de règles d’assouplissement monétaires et macro-financières visant à réduire l’ampleur de la crise sur les économies de la CEMAC. Celles-ci comprennent notamment : la baisse du TIAO de 25 points de base à 3,25%, la baisse du taux de la facilité de prêt marginal de 100 points de base à 5%, la suspension des opérations d’absorption, l’augmentation de la provision de liquidités de 240 à 500 milliards de FCFA et l’élargissement de la gamme d’instruments privés acceptés en garantie dans les opérations monétaires.

Le 25 mars 2020, la BEAC à travers la COBAC a informé les banques de la sous-région qu’elles pouvaient utiliser leurs coussins de conservation du capital de 2,5% pour absorber les pertes liées à la pandémie, mais a demandé aux banques d’adopter une politique restrictive en matière de distribution de dividendes.

Cette volonté pour la Banque Centrale d’annoncer clairement sa politique monétaire en temps de crise est nécessaire pour rassurer les agents économiques dont la confiance a été fortement compromise par les mesures restrictives adoptées par les différents gouvernements afin de contenir les effets de la pandémie.

Pour atteindre l’objectif interne de la politique monétaire recentré sur la stabilité des prix et l’ objectif externe qui vise plutôt un taux de couverture suffisant de la monnaie, la BEAC suit une règle activiste ou contingente en ce sens qu’elle ajuste la valeur de ses principaux taux d’intérêt et coefficients de réserves obligatoires sur les exigibilités à vue et à terme, en fonction des états particuliers de l’économie, de manière formelle ou informelle des évènements externes. Cette règle contingente est bien indépendante d’un modèle particulier de l’économie, bien que la BEAC détermine ses actions de politique monétaire selon une philosophie économique qui lui assure une certaine continuité.

La politique monétaire de la BEAC est qualifiée de souple en ce sens qu’elle ne prévoit que les actions principales qui se seront menées ; la Banque Centrale ayant la liberté de se rétracter lorsque des circonstances exceptionnelles les lui exigent. Dans un communiqué de presse rendu public à la fin de chaque réunion ordinaire ou extraordinaire du CPM, la BEAC annonce généralement toutes les résolutions qui sont prises en fonction de la conjoncture sous-régionale et internationale. Ainsi, du point de vue opérationnel, elle suit une règle de politique monétaire contingente, indépendante, souple et publique.

La question de la consistance de la politique monétaire de la BEAC

 L’adoption d’une règle pose généralement un problème de consistance temporelle. Ce concept initialement introduit par Kydland et Prescott (1977) cadre plus aujourd’hui avec la question de la crédibilité de la politique monétaire. On parle d’inconsistance temporelle de la politique monétaire lorsque les autorités monétaires optimisant intertemporellement leurs préférences, trouvent une politique monétaire optimale qu’elles rendent publique et l’appliquent dans les périodes présente et futures sans réoptimiser. A titre illustratif, la Banque Centrale a annoncé, le 22 juillet 2020, un ensemble de mesures relatives au rachat de la dette des États durant les six prochains mois à venir. Le CPM a fixé l’enveloppe globale maximale de ce programme à 600 milliards de F.CFA pour l’ensemble de la CEMAC et la maturité des titres publics à 10 ans au maximum. L’enjeu est d’assurer une couverture complète des émissions de titres d’État au cours du second semestre 2020, tout en étant conforme à la charte de la BEAC qui interdit le financement monétaire direct.

Par ailleurs, le CPM a soutenu l’intention de réduire les décotes applicables aux instruments privés acceptés en garantie pour les opérations de refinancement, et de reporter d’un an le remboursement du principal des crédits de la banque centrale consolidée aux États membres, mais ces éventuelles mesures supplémentaires ne sont pas encore effectives. Parmi les mesures effectives on cite notamment la politique des taux d’intérêt qui grâce à des volumes d’intermédiation plus importants et à un risque de crédit plus faible pour les emprunteurs est associée à des évolutions macroéconomiques plus favorables.

Pour la BEAC qui applique comme nous venons de le montrer une règle de politique monétaire contingente, indépendante, souple et publique, la politique monétaire peut être qualifiée de « consistante temporellement ». En effet, la consistance d’une règle de politique monétaire est assurée par deux moyens : son indépendance et le souci constant de sa réputation. La BEAC manifeste sans cesse le souci de sa réputation en annonçant les décisions monétaires qu’elle prend, et pour lesquelles les agents économiques savent déjà qu’elle ne peut s’en écarter durablement, sauf circonstances exceptionnelles. Cependant, ses décisions restent fortement liées à la question de la solvabilité des Etats (rachat des obligations des Etats auprès des Banques commerciales).

Par ailleurs, les indications trimestrielles sur l’évolution des taux d’intérêt, ainsi que les interventions sur le marché de change lui confèrent une certaine transparence. Cependant, la politique budgétaire demeure l’élément central de la riposte à la pandémie (dépenses de santé massives, allégements fiscaux aux entreprises, augmentant les prestations sociales, subventions aux services d’utilité publique, etc.). Une meilleure coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire dans la CEMAC renforcerait la consistance temporelle des règles de politique monétaire qui y sont appliquées.

 

Conclusion

 En somme, la décision prise par la BEAC d’annoncer à l’avance, publiquement et régulièrement les mesures qu’elle compte mettre en œuvre est une option gagnante. Toutefois, face aux nombreuses fluctuations économiques observées au fil du temps, la banque centrale gagnerait à coordonner plus objectivement ses actions avec celles des Etats. Une telle stratégie rendrait la politique monétaire beaucoup plus souple et consistante dans le temps.

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