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Par Dr Jean Cédric Kouam, Tomia Chu & Henri Kouam  (Download The Pdf Version)

Introduction

 La crise sanitaire actuelle due à la propagation de la Covid-19 dans le monde a davantage mis en évidence la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs exogènes. Ces chocs se manifestent par trois principaux effets : la baisse des cours mondiaux de matières premières, une diminution des investissements de la Chine avec le reste du monde et, un choc de l’offre continentale africaine affectant le commerce intérieur et secouant les modèles de croissance. Ces économies sont tributaires aux termes de l’échange et, n’ont aucun moyen d’action sur l’évolution conjoncturelle des cours mondiaux. Etant price takers, elles ne peuvent ni influencer l’offre, ni influencer la demande sur les différents marchés internationaux, ce qui les exposent aux chocs. Ce papier présente quelques recommandations visant à améliorer la situation macroéconomique des pays d’Afrique Subsaharienne, axées sur le développement des chaînes des valeurs, la gestion du taux d’échange, la bonne gouvernance et le développement infrastructurel, etc.

La nécessité de trouver de solutions durables à la vulnérabilité aux chocs exogènes

La nécessité de trouver des solutions durables à la vulnérabilité grandissante des pays de l’Afrique Subsaharienne (ASS) aux chocs exogènes est indispensable. L’une des solutions efficaces à moyen et long terme reste la promotion des stratégies de diversification économique. La mise en œuvre efficace de la ZLECAf ainsi que du programme de transformation productive de l’Union africaine, dans l’optique de développer des chaînes de valeur africaines, devraient donc entre autres s’appuyer sur une stratégie de croissance orientée vers l’extérieur.

La diversification économique est une stratégie de développement mise en œuvre par un ou plusieurs pays qui souhaitent prendre position sur de nouveaux marchés, pour à la fois accélérer leur croissance économique, mais également diminuer le risque de volatilité des cours mondiaux associés à des activités concentrées. Pour la région Afrique subsaharienne, l’accélération de cette stratégie revêt un caractère idiosyncratique certes, mais reste conditionnée par un certain nombre de réformes qu’il convient de prendre en compte au moment de concevoir la politique commerciale et/ou industrielle de chaque pays.

Les principaux changements à envisager en matière de diversification économique

Parmi les principaux changements à envisager en matière de diversification économique en Afrique Subsaharienne, on cite : L’intensification de la concurrence entre les entreprises qui actuellement est la plus faible comparativement au reste du monde ; les marges brutes des entreprises dans le secteur des biens non exportables étant supérieures et les prix des produits plus élevés. Un renforcement de la concurrence permettrait, grâce à une affectation plus efficiente des ressources et à une augmentation des investissements, de stimuler la productivité et la compétitivité des exportations et de réduire les prix à la consommation.

Le développement des chaînes de valeur pourrait être l’occasion de promouvoir le processus d’industrialisation de la région et d’accélérer la croissance.  Les chaînes de valeur pourraient se développer grâce à l’intensification des échanges commerciaux intra-régionaux dans le cadre de la ZLECAf. Selon le FMI (2019b), il faudrait pour cela s’attaquer aux obstacles tarifaires et non tarifaires, y compris aux coûts de l’activité commerciale et aux coûts logistiques.

 La stabilisation des économies face aux chocs exogènes est conditionnée par l’efficacité des politiques monétaires, la plupart des pays disposant déjà d’une certaine marge de manœuvre en matière de politique budgétaire. Selon le FMI (2015b), l’efficacité de la politique monétaire dans cette région est tributaire à un objectif d’inflation à moyen terme fixé et à une indépendance opérationnelle et garantie des banques centrales. Grâce aux échanges d’informations rapides et fiables entre gouvernements et banques centrales, les pays pourraient ancrer les anticipations inflationnistes et améliorer la gestion macroéconomique.

 La gestion des taux de change : la volatilité des taux de change, engendrée par les chocs qui surviennent sur les marchés d’exportations, diminue l’attrait des secteurs qui y sont exposés aux yeux de certains investisseurs. Pour les pays à régime de change fixe, les autorités sont appelées à prendre des mesures nécessaires afin de disposer suffisamment de réserves de change et veiller à ce que la situation budgétaire soit compatible avec le régime de change fixe.

La bonne gouvernance est indispensable pour accélérer le processus de diversification économique dans cette région du monde. Ainsi, les Etats gagneraient à mettre en place un certain nombre de mesures en vue de l’amélioration de la qualité de la réglementation, l’augmentation de l’efficacité de l’État (état de droit), la préservation de l’indépendance des banques centrales et le renforcement des institutions budgétaires et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

L’amélioration du capital humain : La diversification économique passe aussi par l’accumulation du capital humain, qui sert à générer des idées, réaliser des projets, créer une entreprise ou à élaborer de nouveaux produits. Saiyed et Pathania (2016) montrent que les pays qui n’arrivent pas à investir massivement et efficacement dans leur capital humain ont des difficultés à s’affranchir de leur dépendance aux produits primaires et à passer à des produits plus complexes. Toute stratégie visant à diversifier les économies devra en priorité privilégier le développement des compétences y afférentes.

L’amélioration de l’administration des impôts est indispensable dans les pays riches en ressources naturelles dont le pétrole. En effet, les pays pauvres en ressources naturelles disposent généralement des structures de marché les plus ouvertes à la concurrence, tandis que les pays exportateurs de pétrole ont les structures les moins favorables, en raison probablement de la structure de leur économie, marquée par une faible diversification, une forte protection des importations et la prédominance d’un petit nombre de grandes entreprises dans le secteur extractif.

L’efficience du secteur bancaire est essentielle pour mobiliser l’épargne intérieure et la diriger vers des investissements productifs. Réduire le volume de prêts improductifs dans les systèmes bancaires redynamiserait le crédit, améliorerait l’inclusion financière, permettrait l’essor du secteur privé, favoriserait la diversification des économies et appuierait la croissance (FMI, 2016b). Cette tendance devrait s’inscrire dans la durée, avec notamment la poursuite de la libéralisation des services financiers transfrontaliers dans le cadre de la ZLECAf (FMI, 2019b).

Le développement infrastructurel : Le processus de diversification économique peut également être influencé par la qualité de la dépense publique. Toute dépense effectuée dans l’optique de renforcer le dispositif infrastructurel (transports, télécommunications, eau et électricité), réduirait les coûts de production dans les secteurs de biens exportables, améliorerait leur efficacité et encouragerait l’entrée d’investisseurs dotés de nouvelles capacités et de savoir-faire. Ainsi, une politique d’investissements bien conçus et convenablement déployés dans les infrastructures produirait des effets significatifs.

Conclusion

La baisse de la croissance économique observée entre 2007 et 2018 en ASS ainsi que la faible croissance du revenu par habitant (évaluée à -0.37% en 2018 contre 5.22 % pour l’Asie du Sud-Est & Pacifique) sont tributaires aux mauvaises performances commerciales de la région. La libéralisation économique reste le moyen efficace et indispensable pour accélérer le processus de diversification économique et favoriser l’émergence.

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