Par Joselin Paulin Ouambo Ouambo (Pdf Version)

En Afrique, la politique est considérée comme la propriété exclusive des personnes d’un certain âge et qui jouissent d’une certaine expérience ; filles et garçons sont le plus souvent systématiquement marginalisés du fait de leur genre et jeunes âges.

Le Cameroun n’échappe pas à cet état de fait. La participation politique des jeunes à la vie publique au Cameroun reste encore aujourd’hui très faible comme l’indique cette enquête menée par la fondation Friedrich Ebert Stiftung et publié en 2014 dans un ouvrage nommé les jeunes et l’engagement en politique P.7, « Pour ce qui est de la citoyenneté 52, 40 % des personnes interrogées estiment que travailler pour son pays relève d’un devoir naturel et Les 47,60 % autres ne
seraient prêtes à le faire que sous certaines conditions, notamment si elles ont un gain matériel en contrepartie ».

Dans une conception générale, la politique peut se définir comme l’art de gérer les affaires de la cité. Elle englobe tous les aspects de la vie au sein d’une société. Sur le prolongement de cette définition, notre analyse portera sur l’apport politique des jeunes dans la vie publique au Cameroun. Selon la charte africaine de la Jeunesse de l’Union Africaine, est jeune toute personne âgé entre 15 et 35 ans. Au Cameroun, le jeune est celui donc la tranche d’âge se situe entre 15 et 34 ans mais seulement, définir ainsi le jeune semble réducteur raison pour laquelle il serait important de prendre en compte d’autres aspects notamment Socio-anthropologique tel que le groupe générationnel, social, genre et ethnique pour mieux appréhender ce terme. En Afrique, ils représentent plus de 70% de la population active, les pays d’Afrique sub-saharienne ont la plus grande proportion de moins de 30 ans.

Dynamique de l’engagement politique des jeunes au Cameroun

Les jeunes ont toujours eu une place particulière dans les sociétés africaines ayant des rôles spécifiques pour l’harmonie et la cohésion sociale bien longtemps avant les indépendances. A l’approche des indépendances, soit pendant la période coloniale, les jeunes particulièrement qui subissaient les mauvais traitement et injustice infligés par le colon comme les travaux forcés dans les champs devaient dans toute l’Afrique et au Cameroun particulièrement commencer des mouvements de révolte et lutte contre la domination coloniale. La jeunesse Camerounaise était alors à la quête de nouvelles identités culturelle et politique. On observe dès lors des mouvements de revendications qui naissent un peu partout au Cameroun porté par des jeunes à travers plusieurs organisations : d’abord les mouvements syndicaux, en 1944 naît la première centrale camerounaise dénommée Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) à la suite de la formation syndicale dispensée aux jeunes camerounais par le français Gaston DONNAT d’obédience communiste marxiste ; et par la suite les partis politiques entre autre L’UPC dès 1948 avec des illustres leaders comme Um Nyobe, Ernest Ouandié et biens d’autres… en 1954 est formé au sein de l’UPC la jeunesse démocratique Camerounaise qui devient un important levier de recrutement des jeunes militants qui luttent pour l’indépendance et l’amélioration des conditions de vie des Camerounais. Au sortie des indépendances, la société Camerounaise est meurtrie à cause des nombreux dégâts causés par la guerre, le traumatisme qui va suivre va au fur et à mesure éloigner la population entière du domaine politique et associatif. L’imaginaire qui gravite autour de l’engagement citoyen est péjoratif, s’intéresser à la politique devient  synonyme de contestation à l’ordre établit. Plus les jeunes ont déserté le champs politique plus on a observé une grande détérioration de leur condition de vie c’est ainsi que dans les années 1990 on a vu de façon spontanée un Legé intérêt de la classe sociale dominante dans les nouveaux mouvements de revendication au Cameroun, dès lors on note plusieurs entrées des jeunes dans les mouvements, cette mouvance fait naitre au sein des dits partis politiques des mouvements de jeunes en quête de formation et d’expérience.

Jeunes et mouvements politiques

La présence des jeunes dans les mouvements politiques reste très marginale à ce jour, tout de même, Si l’on peut noter qu’au sein de plusieurs formations politiques comme le CPP (Cameroon people’s party) le jeune n’a pas une place spécifique, lui, faisant partir intégrante du parti, dans d’autre, il existe des instances réservées aux jeunes : au sein du parti au pouvoir au Cameroun par exemple l’instance des jeunes est l’OJRDPC (Organisation des Jeunes du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), dans cette instance, l’on enseigne aux jeunes l’idéologie du parti et aussi elle est une passerelle pour gravir les échelons au sein du parti.

Si l’on peut sans risque de se tromper affirmer qu’avant et pendant les luttes indépendantistes les jeunes étaient présents et participaient de manière effective à la vie publique au Cameroun, on peut également noter qu’après les indépendances ils se sont éloignés de l’activité politique ceci dû en particulier à l’imaginaire qui entoure désormais l’engagement civique et politique.
Dans l’optique de mieux répondre aux besoins de cette classe de la population active en ce qui concerne le Cameroun, il devient impératif de faire revenir comme autre fois ou le gouvernement du Cameroun était constitué en majorité des hommes et femmes de moins de quarante ans les jeunes dans les sphères de prises de décisions surtout quand celles-ci les concernent directement car ils sont mieux placés pour décrire et proposer des solutions pour régler les différents maux qui entravent leur épanouissement. Le président actuel du Cameroun son excellence Paul Biya arrive au affaire en octobre 1962 comme chargé de mission à la présidence de la république il avait exactement 29 ans, cet exemple nous montre à suffire que La jeunesse peut être d’un apport conséquent dans la bonne marche des affaires de la nation mais seulement sa participation effective nécessite une prise de conscience de tous en commençant par les jeunes eux-mêmes, après les mouvements politiques, associatifs et enfin le gouvernement.

Baden Powell disait : « il faut développer la société en développant les jeunes qui la composent »1 sous ce prisme, plusieurs actions peuvent être envisagées.
Suggestions pour l’implication massive des jeunes dans la sphère publique

  • L’accent doit être mis sur l’éducation civique dans des écoles, universités et les clubs de discussion. Il faut encourager et promouvoir l’esprit critique en amenant les jeunes à s’intéresser à la politique et la vie associative dès la base.
  • Le gouvernement devra Faciliter la création et subventionner les associations de jeunes
  • Communiquer au maximum sur les activités menées par d’autres jeunes afin qu’ils servent d’exemples et de stimulis pour d’autres jeunes
  • La société civile devra jouer pleinement son rôle en organisant de façon constante des tables rondes autour des problèmes de la jeunesse.
  • Les partis politiques dans l’optique d’inciter les jeunes à s’intéresser à la chose publique peuvent recruter les étudiants en tant que stagiaire pour un moment donné.

Conclusion

L’engagement du jeune citoyen peut être vu sous le prisme de son impact individuel et collectif. S’engager revient à se vouer à une cause politique, civique, culturelle et humanitaire… le jeune dans sa société peut décider de s’engager sur plusieurs plans et aspects. Bon nombre de jeunes Camerounais en ont déjà pris conscience mais beaucoup reste à faire pour conscientiser, consolider et impliquer le maximum de jeune à l’action sociale. Le grand défi de ces jeunes est de participer de manière active à la vie publique afin de s’imposer comme une force de proposition et d’action